Cris de banlieues
Où sont donc passés les temps des cerises,
Des fleurs dans les près, des tendres mots d’amour ? ...
Ecoutez ces jeunes, dans leurs banlieues grises
Vivant dans des cages... barbelées de tours ! ...

Que disent ces jeunes loups, « sauvageons, casseurs » ?
Oyez leurs cris ! ... leur révolte ! ... leur rage ! ...
Etiquetés « bicots, melons, ratons », voleurs,
Ils n’ont, pour s’exprimer, trouvé que ce langage ! ...

Ils parlent de la haine, trop souvent refoulée ! ...
Evoquent tristesse et peine... celles de leurs pères,
Dégradés, avilis, par les « pieds blancs » foulés,
Méprisés, mal aimés... Ils sont boucs émissaires ! ...
Hommes, ils n’étaient plus ! ... Ils auraient du partir ! ...
Leur fierté perdue ! ... Ils souffrent le martyr ! ...

Ils parlent d’infortune et d’échecs scolaires
De certains de ces « keufs » tirant parfois en l’air
Les jetant au sol « la gueule dans le caniveau »
Comme à l’abattoir, l’on jette le jeune veau !...
Les armes sont sorties, les culasses claquent
Le racisme s’exprime dans les coups de matraques

Mater « le délinquant » et même les ratonnades,
Les jeunes des cités en prennent pour leur grade
Tout en faisant fi de tous les cris et les pleurs,
Pourvu que, dans le lot, il y ait de la couleur !...

Ils « rappent » des rêves, quand ils étaient désireux
D’avoir les mêmes chances de tout métropolitain
Ils chantent par leurs mots cette vie de ******
Qui a fait de leurs parcours des chemins scabreux !

Ils « rappent » la méfiance et les humiliations
Que le monde leur montre sitôt qu’ils paraissent
Critiques, moqueries et autres exactions
Qui touchent souvent juste, là où le bas blesse !...

Ils voient que les « flics » ne sont pas tous les mêmes
Ils savent que, pour le droit, ils doivent obéissance
Conscients que certains profitent du système
Pour mieux les dénigrer du fait de leur naissance !...

Aux Minguettes, aux Bleuets, ou au mas du taureau
Ces enclos sauvages, ces vastes cages à poules
Où la vie dans les travées et les cages d’escaliers
Vous éloigne, forcément, des emplois de bureaux !...

Etant des êtres à part, bêtes curieuses d’Etrangers
Ils sont des marginaux, doublés de joueurs de boules,
Insoumis, inadaptés, toujours mal dans leurs souliers,
Qui au moindre accroc deviennent des enragés !...

La France des cinquante, en pleine croissance,
Cherchait, à tour de bras, et au meilleur taux
De la main d’œuvre ! ... Qu’importe sa provenance ! ...
La solution fut trouvée... par delà les eaux !...

Ils vivent dans ce pays, mais il n’est pas le leur
Ils doivent ou « s’intégrer » ou partir ailleurs
Quoi qu’ils puissent dire ils ont toujours tort
Et pour le prouver encore, l’on envoie des renforts

Ces êtres se sont perdus plus qu’on ne l’imagine
Ballottés, fracassés sur toutes sortes d’écueils
Vivant dans ce pays, ils n’ont plus d’origine
Et n’ont eu, à ce jour, qu’un pays d’accueil !...

Ils ont osé la franchir cette méditerranée
Attirés par le faste, appâtés par le gain
Ils ont vite oublié, les pays où ils sont nés
Et n’ont connus que haine, mépris et dédain !...

Ils ont longtemps porté l’olivier et le glaive
Sans jamais cesser d’œuvrer pour la paix
Ils ont cru en vous, vous les avez trompés
En les laissant spectateurs… Ils vous enviaient !...

C’est ce que l’on risque, quand on perd l’espoir
Car à défaut d’amour et sans reconnaissance
L’on nie les lendemains que l’on ne peut voir
Et le pays d’origine berceau de la naissance

Les us et coutumes… Déçus, nous les balançons
Au gré des vents… Avec la joie et le sourire.
Résigné à vivre le mythe de Sanson
Qui secoue le temple et consent à mourir !

C’est ainsi que naissent toutes sortes de schismes
Imprévus, sans dessins, au hasard parfois
Et c’est ainsi que tombent parfois dans l’extrémisme
Les enfants de ces peuples sans espoir ni foi !...
-Kamel Mrad-
1991
Merci pour ce poème offert octobre2007