Les séances de l’avant-première du film GAL ont fait salle comble, à Saint-Jean-de-Luz.
Signe que cette affaire est encore vivante dans la mémoire des habitants locaux
La sortie du film GAL a été suivie de près par les médias locaux.
Ce film décrit pour l’essentiel des faits réels, parfois dans leurs détails les plus précis.
Le G.A.L. est l’organisation terroriste la plus meurtrière dans l’État français depuis l'O.A.S.
Au-delà d’une communication bien calculée, ce film ouvre de nouveau des plaies, et ne laisse personne indifférent. Il rappelle une époque sombre du Pays Basque Nord. L’acteur principal, José Garcia le confirme: “le film est intéressant d’un point de vue historique”.
Au début des années 80, les Groupes Antiterroristes de Libération agissaient en territoire français dans le but de neutraliser les membres de l’organisation armée ETA. Le GAL a fait 27 morts, mais il n’a pas été le seul à avoir tué des militants, parfois, pris au hasard. Triple A et Bataillon Vasco Español sont deux autres organisations qui ont agi contre les militants basques. Le GAL est la dernière trace de cette guerre sale impulsée par l’Etat espagnol avec la complicité de l’Etat français.
Inquiétude des habitants
Les murs des bars des Pyrénées, Kaiet-Enea et Monbar de Bayonne, celui de la Consolation de Saint-Jean-de-Luz sont des témoins parmi d’autre, de cette époque de terreur.
Les militants fuyant le territoire espagnol ont l’habitude de s’y retrouver.
Dans ces milieux, la suspicion est pesante.
Auprès des habitants des provinces du Nord l’inquiétude est grande.
Des manifestations sont organisées, mais pas un seul responsable politique local ne se joint à la dénonciation.
Jakes Bortayrou de l’association Oroit eta Sala se souvient du changement de discours de Jean-Pierre Destrade (élu PS) survenu d’une semaine à l’autre. Il avait commencé par dénoncer ces actes, puis avait fini par mettre sur le dos des réfugiés cet épisode meurtrier. “Nous avions des présomptions sur l’implication des responsables de l’Administration française, mais on n’avait pas assez de preuve”, raconte Bortayrou.
En octobre 1987, sur ordre du ministre de l’Intérieur Charles Pasqua, une grande rafle contre les réfugiés basques se déroule: 120 appartements perquisitionnés, une centaine d’arrestations, une soixantaine d’expulsions vers l’Espagne, 12 expulsions vers l’Algérie, trois vers le Venezuela.
C’est le début des expulsions de militants basques vers l’Espagne; le GAL disparaît. Depuis, aucun responsable de l’Administration française n’a dû répondre de crimes survenus sur leur territoire. Certains responsables espagnols ont été jugés; pas le principal responsable. “On ne peut pas imaginer qu’à ce niveau d’implication tout cela ait pu s’organiser sans que Felipe Gonzalez soit au courant”, affirme J.Garcia. Il ajoute : “GAL peut se reproduire dans toute démocratie”.
Une “guerre sale” qui remontera très haut : d’anciens policiers espagnols écroués révèlent que ces “galeux” étaient payés par Madrid. Plusieurs hauts fonctionnaires, dont le ministre de l’Intérieur espagnol de l’époque, sont condamnés à de lourdes peines de prison.
Quant aux services secrets français, ils sont accusés par d’anciens protagonistes d’avoir vendu des renseignements aux membres du GAL.
Si l'implication des Etats français et espagnol dans l'organisation du GAL est connue, nous ne pouvons oublier celle de la classe politique d'Euskal Herria.
Après les attentats du GAL, les réactions de Poulou, Destrade, Inchauspé et autres… qui se déclarent contre toutes les violences, nous montrent bien la violence qu'ils condamnent et celle qu'ils soutiennent.
Du RPR au PC, tous les notables, dans une sacro-sainte unité ont oeuvré contre le mouvement basque, tout comme ils le font aujourd'hui.
La plupart des élus ont soutenu et protégé les actions du GAL.
Au lieu de condamner les actions du GAL, ils dénoncent les manifestations et actions de protestation, transformant les victimes en coupables. Les réactions des dignitaires et notables étaient significatives. En décembre 1984, après l'assassinat de Kattu, Jézéquel, sous-préfet de Bayonne, ne condamne pas l'attentat et accuse les réfugiés: “une minorité qui s'abrite derrière le paravent d'une communauté pacifique pour mener ses activités subversives”.
Après ces déclarations arrestations et déportations vers Panama commenceront.
Toujours en décembre 1984 le Conseil municipal de Bayonne envoie une lettre au ministère de l'Intérieur condamnant les protestations qui avaient eu lieu suite aux attentats et demandant plus de flics.
Dans la même logique, après l'assassinat de Xabier Perez de Arenaza le Conseil Municipal de Biarritz envoyait une lettre semblable au ministre Deferre.
La majorité des élus de l'époque étaient d'accord pour demander que la répression contre la communauté des réfugiés s'intensifie.
C'est aussi en décembre 1984 que naîtra une polémique significative entre Destrade et Bernard Marie (maire de Biarritz, père d'Alliot Marie): personne ne cherchait les moyens de protéger la communauté des réfugiés contre les assassins, mais ils se renvoyaient l'un l'autre la responsabilité d'un trop grand laxisme envers les réfugiés.
Parfois ils sont allés plus loin en justifiant des attentats. Exemple en janvier 1984, l'Assemblée des maires du Labourd envoyait une motion ahurissante à Deferre comprenant les attentats du GAL et défendant la thèse de la vengeance.
Le changement de position de Destrade (porte-parole du PS) est significatif: après le 1er attentat du GAL il menace le gouvernement et la police, disant qu'il arrêterait les négociations pour l'entrée de l'Espagne dans la CEE. Quelques attentats plus tard, son discours changera et il se soumettra aux propos du sous-prèfèt Jezequel et de l'Etat “socialiste”. Il ne dira plus rien sur les origines du GAL.
On ne peut pas nier que l'offensive de Paris et Madrid a été acceptée et soutenue par les élus locaux, mais ils ne s'arrêteront pas là.
Sources: Abil Egin Enbata Revue éditée par Laguntza Herriaren Alde - “Les implications de l'Etat français” - décembre 1996