
L’Invincible
Amère compagne qui ne me lâche plus, Hantise, qui durant tout le jour me poursuit, Tu fais aussi jaillir l’angoisse chaque nuit O en vain je m’impatiente de ta venue.

Je te hais, fatigue ! Toi qui m’aimes tellement. Infidèle et volage, tu te joues de moi. Tyrannique sorcière aux diurnes sabbats, Tu te moques de la lune se languissant.

Cette drogue bon marché, cette maladie Insoumise à la science engloutit la conscience. Elle gratte et ronge mon armure, ma faïence Et forme le marécage de mon esprit.

Je te hais, Fatigue ! Toi qui m’aimes tellement. Ses cruels crocs s’incrustent et écorchent ma chair Et ma pensée est aspirée par la Vipère. Des ongles aux tréfonds de l’esprit, je la ressens.

Eternel Vampire suceur de mon énergie Qui fait de moi un pauvre fantôme essoufflé Telle la carcasse vide du condamné. Si le repos est mort, mon enfer : l’insomnie.

Mais je t’ai eu, fatigue ! Toi qui m’aimais si bien. J’ai ignoré la lune et son fixe regard, Puis mon âme a goûté à l’apaisant brouillard. Oui, je t’ai fuis, je me suis endormie, enfin !

Mais... hélas ! J’avais sous-estimé son pouvoir. En effet rien d’autre que la Nausée de Sartre, Hélas rien de moins que le Spleen de Baudelaire, C’est elle : l’invincible Fatigue de vivre.
-Florine Jobin-
Le site de Florine Jobin: La Morsure

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